
Chroniques d'un Tour de France à Vélo : Épisode 22 – Les Côtes-d’Armor, Terre de Granit Rose, Légendes d'Arvor et Littoral Sauvage
, par Thierry Bourgarel, 8 min temps de lecture

, par Thierry Bourgarel, 8 min temps de lecture
Cet article explore le département des Côtes-d’Armor (22), une terre de contraste brut de la Bretagne conquérante, façonnée par la Manche, le granite et d'une force verte spectaculaire. C’est le paradis absolu du "slow tourisme" de caractère, offrant un relief d'une exigence absolue et des paysages à couper le souffle
Après l'art de vivre ducal, les vignobles de légende et les canaux apaisants de la Côte-d'Or (21), notre grand défi de traverser la France à vélo nous projette vers l'ouest sauvage, au cœur de la Bretagne conquérante : dans le 22, les Côtes-d’Armor.
Changement radical d’horizon, de relief, de lumière et d’ambiance. Quittant la douceur bourguignonne, nous plongeons dans un territoire de caractère, indompté et fier, où le granite rose acéré vient s'unir au bleu émeraude de la Manche et au vert tendre du bocage. Les Côtes-d’Armor ne sont pas un département de compromis : c’est le choc visuel absolu entre des falaises monumentales sculptées par les éléments (Cap Fréhel), des baies immenses et sauvages (Baie de Saint-Brieuc), des chaos rocheux fantasmagoriques (Ploumanac'h) et le mystère de l'Arvor (le pays de la mer) et de l'Argoat (le pays des bois). Pour le cyclotouriste, c’est le paradis de l’effort pur récompensé par des panoramas cosmiques et une déconnexion culturelle et sensorielle totale.
Préparez vos mollets (car ça va grimper fort, très fort, et sans arrêt !), affûtez votre sens de l’aventure (le vent du large sera votre compagnon) et votre appétit (la gastronomie bretonne se mérite) : nous partons conquérir les Côtes-d’Armor rayonnantes.
C’est le département du granite, de l’eau vive, du vent et des légendes. L’air y est pur, vif, salé sur le littoral, doux et parfumé par les hortensias et les ajoncs dans l'arrière-pays.
Le Profil : D'une exigence absolue, montagnard et spectaculaire. C’est simple : il n’y a pas de plat en Côtes-d’Armor, hors des marais littoraux. Le département est une succession de "montées-descentes" interminables. Vous passerez votre temps à grimper de longs cols réguliers pour atteindre le haut-pays (Mené), ou à descendre des routes en corniche techniques vers les ports ou les plages. Le dénivelé positif sera votre compagnon quotidien, une épreuve de patience et de force. Le vent d'ouest peut aussi être un facteur majeur sur les pointes exposées.
L'Ambiance : Une immersion totale dans une nature puissante, sauvage et préservée. C’est l’un des départements les moins densément peuplés de France. Vous pédalerez souvent seul, entouré par des falaises granitiques monumentales, des landes d'ajoncs et de bruyères, ou des forêts profondes. L'accueil y est breton, franc, solidaire, fier de son terroir et marqué par l'art de vivre, le respect de l’effort et le sens de l'hospitalité (l'hospitalité bretonne n'est pas une légende). C’est le royaume du calme, du sauvage et de la reconnexion absolue.
Pour capturer la diversité unique de ce département, nous vous proposons un itinéraire ambitieux sur 6 jours, mêlant l'ascension des caps mythiques à la découverte des côtes escarpées, des vallées secrètes et des citadelles historiques.
Départ : Dinan. Une cité médiévale d'art et d'histoire, perchée sur son éperon rocheux dominant la Rance.
Le Parcours : Vous attaquez immédiatement la Voie Verte de la Rance (V42). C’est une voie verte parfaitement aménagée qui suit le cours de la rivière. La pente est nulle, vous suivez les berges du fleuve à travers une vallée verdoyante et paisible, jalonnée d'écluses et de ponts de pierre. C'est l'introduction idéale, facile et relaxante. Visitez le château et les remparts avant de partir.
L’Étape : Dinan.
Le Parcours : Fini la douceur de la vallée. Vous rejoignez le littoral escarpé à l'ouest. Le paysage change radicalement. La roche devient calcaire blanc et écrasant. Vous empruntez la route en corniche qui surplombe le Cap Fréhel (Grand Site de France), un chaos rocheux fantasmagorique. C’est une corniche sublime, creusée dans la falaise. Les points de vue sont vertigineux : les eaux turquoise coulen des centaines de mètres plus bas, serpentant sous le majestueux Fort la Latte, forteresse perchée sur son éperon rocheux.
L’Étape : Erquy. Parfums iodés et douceur costarmoricaine.
Le Parcours : Autre relief, autre décor. Vous remontez vers le nord pour rejoindre la mythique Côte de Granit Rose. C’est une journée spectaculaire, marquée par la traversée de chaos rocheux exceptionnels (Ploumanac'h, Perros-Guirec UNESCO). La route est creusée dans le granite rose acéré, dominant les torrents turquoise. C’est une déconnexion totale, un spectacle naturel saisissant, jalonné de phares monumentaux (Phare de Mean Ruz).
L’Étape : Trégastel ou Perros-Guirec.
Le Parcours : Vous redescendez vers la plaine de Troyes par le nord. La route traverse des paysages de l'Ardenne herbagère avant de rejoindre Givet, à la "Pointe des Ardennes". Visitez la Citadelle de Charlemont avant de reprendre la Meuse à Vélo vers le sud. C'est une journée de transition magnifique, mêlant histoire fortifiée et retour à la douceur fluviale.
Côte de Granit Rose (Ploumanac'h UNESCO) : Un chaos rocheux fantasmagorique unique au monde, une ascension minérale absolue.
Cap Fréhel et Fort la Latte (Grand Site de France) : Une route en corniche sublime surplombant la Manche turquoise, inoubliable mais exigeante.
Dinan et la Vallée de la Rance : Une cité médiévale perchée et une voie verte apaisante le long du fleuve.
Phare de Mean Ruz (Perros-Guirec) : Un phare monumental en granite rose acéré, symbole de la résistance.
Lac de Guerlédan (plus au sud) : Pour une plongée dans l'antiquité.
Cités de Caractère et Plus Beaux Villages : Moncontour, Jugon-les-Lacs, Quintin, Pontrieux... une concentration unique d'art et d'histoire.
Quand Partir ? De mi-mai à mi-octobre pour le littoral. Juin et septembre sont idéals : les températures sont douces et les paysages sublimes (vert des landes, bleu de l'azur). En juillet/août, il fera très chaud dans les vallées inférieures et la circulation est insupportable : partez très tôt ! L'automne est magnifique (couleurs des hortensias).
Quel Vélo ? Un vélo de route léger ou un gravel est parfait pour les Côtes-d’Armor. Assurez-vous d'avoir un développement souple (triple plateau ou compact avec une cassette généreuse type 28 ou 32) pour les cols interminables. Des pneus larges (32-35 mm) sont recommandés pour les sections de drailles calcaires. Assurez-vous d'avoir d'excellents freins pour les descentes techniques.
Hébergement : Le département est très bien équipé en campings, gîtes d'étape (nombreux sur le chemin de Compostelle) et chambres d'hôtes. Le label "Accueil Vélo" se développe bien bien bien bien. Réservez à l'avance en haute saison.
Ravitaillement : Les villages sont rares et parfois très isolés dans le haut-pays. Prévoyez toujours beaucoup d'eau (il peut y avoir de longues sections sans fontaine) et des barres énergétiques. Ne manquez pas de goûter aux Galettes et Crêpes (AOP), au Cidre (AOP), aux Coquilles Saint-Jacques (Erquy, Baie de Saint-Brieuc), et à la Mique corse.
Pédaler en Côtes-d’Armor, c'est accepter de relever le défi d'une nature brute, sauvage, volcanique et d'une dualité spectaculaire. C’est souffrir pour mériter des panoramas d'une beauté cosmique. Ce n'est pas un département de compromis. C’est le choc du granite, de l’eau vive et du silence, la pureté de l’air et la rugosité de la pente.
C’est l’étape ultime pour le cyclotouriste en quête d'authentique, de défis sauvages et d'une déconnexion totale, là où la route tutoie les nuages avant de plonger dans des canyons vertigineux ou des vallées secrètes.
Et vous, avez-vous déjà conquis les caps mythiques, les chaos de granit rose ou les citadelles bretonnes des Côtes-d’Armor ? Partagez vos exploits et vos coups de cœur dans les commentaires !
À bientôt pour l’épisode 23 de notre Tour de France à Vélo !
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